Préparation de l'endomètre, pertes de grossesse précoces et naissances après transfert congelé
Ce qu'il faut retenir
Sur 14 421 transferts congelés répartis dans neuf centres français, la préparation de l'endomètre en cycle artificiel s'accompagne de significativement plus de pertes de grossesse et de moins de naissances vivantes que le cycle naturel ou le cycle stimulé.
En clair. Préparer l'utérus avec des hormones plutôt qu’en suivant l'ovulation s'accompagne de plus de fausses couches et de moins de naissances.
De quoi il s'agit
La façon de préparer l'endomètre avant un transfert congelé influence-t-elle les fausses couches et les naissances ? Cette étude française est l'une des premières à poser la question sur une cohorte de taille suffisante, en comparant cycle artificiel et cycle avec ovulation. Elle a ouvert la voie aux travaux plus récents qui confirment l'avantage du cycle naturel.
Contexte
Le transfert d'embryon congelé suppose de préparer l'endomètre, et trois protocoles coexistent : le cycle artificiel, qui bloque l'ovulation et reconstitue la muqueuse par œstrogènes et progestérone, le cycle naturel, qui suit l'ovulation spontanée, et le cycle stimulé. Aucun consensus n'existait, et les études antérieures, de taille modeste, avaient rapporté davantage de pertes de grossesse avec le cycle artificiel sans jamais montrer de différence sur les naissances.
Ce qui a été fait
Étude de cohorte rétrospective multicentrique dans neuf centres français utilisant le même logiciel de dossier médical, entre janvier 2012 et décembre 2016. Le critère principal était la perte de grossesse à dix semaines. Le calcul de l'effectif nécessaire prévoyait 1 126 grossesses par groupe pour détecter une hausse de 5 points. Au total, 14 421 cycles ont été inclus — 8 139 en cycle artificiel, 3 126 en cycle naturel, 3 156 en cycle stimulé — correspondant à 3 844 grossesses. Chaque centre a rempli un questionnaire décrivant ses pratiques et les raisons de ses choix de protocole.
Résultats
Le cycle artificiel représentait 56,5 % des cycles, ce qui donne la mesure de sa diffusion. L'âge moyen était de 33,5 ans et le nombre moyen d'embryons transférés de 1,5. Les groupes étaient comparables hormis les troubles de l'ovulation et les accouchements antérieurs. Le cycle artificiel est associé à un taux de pertes de grossesse significativement supérieur et à un taux de naissance vivante inférieur aux deux autres protocoles.
Limites
Étude rétrospective : le protocole n'est pas attribué au hasard, et le cycle artificiel est précisément choisi pour les femmes qui n'ovulent pas régulièrement. Les auteurs ont anticipé cette objection en documentant les pratiques de chaque centre, mais seul un essai randomisé lèverait complètement le doute.
Portée pratique
C'est le travail français fondateur sur ce sujet, et il a été confirmé depuis : par l'essai randomisé bruxellois présenté à l'ESHRE 2025, par les données nationales sur la prééclampsie, et par les travaux de la FFER 2026. Pour une femme qui ovule, le cycle naturel est devenu l'option à discuter en premier ; le confort d'organisation du centre ne suffit plus à justifier le cycle artificiel.
Titre original : Impact of endometrial preparation on early pregnancy loss and live birth rate after frozen embryo transfer : a large multicenter cohort study
Accéder à l'étude
Texte intégral en accès libre : PMC8 902 977. Licence CC BY.
Analyse revue et mise à jour le 2 octobre 2026 par la rédaction des JTA. Comment ces pages sont faites.
