L'abandon très précoce des parcours d'infertilité : cohorte nationale
Ce qu'il faut retenir
Près d'une femme sur quatre, 22 %, abandonne toute prise en charge de l'infertilité dans les trois mois suivant l'échec d'un premier traitement simple, alors même que celui-ci est gratuit. Les femmes sous le seuil de pauvreté abandonnent davantage, tout comme celles traitées par un médecin généraliste et celles n'ayant eu ni bilan ni surveillance.
En clair. Une femme sur quatre arrête tout dans les trois mois qui suivent un premier traitement infructueux, souvent sans avoir eu ni bilan ni suivi.
De quoi il s'agit
Beaucoup de couples entament un parcours d'infertilité puis disparaissent avant même d'avoir commencé le traitement. Les auteurs ont mesuré ce phénomène sur 27 416 femmes à l'échelle nationale, en repérant celles qui abandonnent très tôt. L'ampleur de cet abandon précoce, largement ignorée des statistiques d'activité, invite à revoir la façon dont le premier rendez-vous et les délais sont organisés.
Contexte
Les taux d'abandon en AMP sont connus, mais toutes les études portaient sur l'après-FIV, et l'explication avancée était financière. Or beaucoup de femmes commencent par un traitement simple, clomifène ou gonadotrophines, souvent prescrit hors centre spécialisé. Ce qui se passe à ce moment-là échappait complètement aux statistiques d'activité.
Ce qui a été fait
Cohorte nationale construite à partir des bases de l'Assurance maladie et des données hospitalières, incluant 27 416 femmes de 18 à 49 ans traitées sans succès par clomifène ou gonadotrophines en 2017. L'abandon très précoce était défini comme l'arrêt de tout traitement de l'infertilité après un à trois mois de traitement infructueux, analysé par régression logistique multivariée.
Résultats
22 % des femmes abandonnent dans les trois mois. L'abandon est plus fréquent aux âges extrêmes, avant 25 ans et après 35 ans, chez les femmes sous le seuil de pauvreté, chez celles dont le clomifène a été prescrit par un médecin généraliste, et chez celles n'ayant bénéficié d'aucun bilan d'infertilité ni d'aucune surveillance du traitement.
Limites
Les auteurs le disent eux-mêmes : les données administratives n'enregistrent pas les motifs d'arrêt. Une grossesse spontanée, un déménagement, un changement de projet ou un découragement sont indistinguables. Le lien entre prescription par un généraliste et abandon peut refléter un défaut d'accompagnement, mais aussi une population différente.
Portée pratique
Deux enseignements concrets. D'abord, l'abandon se joue bien avant la FIV, dans les premières semaines, ce qui déplace l'effort d'accompagnement vers le tout début du parcours. Ensuite, l'absence de bilan et de surveillance est le seul facteur directement modifiable de la liste : prescrire un traitement d'induction sans explorer ni suivre revient à perdre une femme sur quatre. C'est un argument pour orienter tôt vers une prise en charge structurée.
Titre original : The burden of very early dropout in infertility care : a nationwide population-based cohort study
Accéder à l'étude
Texte intégral en accès libre : PMC10 767 936. DOI : 10.1093/humrep/dead226. Licence CC BY.
Analyse revue et mise à jour le 2 octobre 2026 par la rédaction des JTA. Comment ces pages sont faites.
