Accueil › Dossiers › FFER 2026
Biomasse bactérienne des compartiments reproducteurs, milieu de culture embryonnaire et résultats de FIV/ICSI
OGER Pierre — 21 rue Moxouris, 78150 Le Chesnay-Rocquencourt Institut de Fertilité Maternité de Parly 2 (IFMP2), Hôpital Privé de Parly 2, Le Chesnay- Rocquencourt, France
Ce qu'il faut retenir
Cette étude pilote monocentrique montre qu’une biomasse bactérienne plus élevée dans le milieu de culture embryonnaire est associée à une diminution du taux de blastulation, principalement en FIV conventionnelle. Une association avec une moindre probabilité de naissance vivante est également observée.
Objectif
Le microbiote vaginal joue un rôle reconnu dans la santé reproductive féminine. Par ailleurs, de l’ADN bactérien a été détecté dans plusieurs compartiments reproducteurs masculins, féminins et embryonnaires auparavant considérés comme stériles. Toutefois, dans ces environnements de très faible biomasse, l’impact respectif de chaque compartiment sur le développement embryonnaire et les résultats de la FIV demeure débattus.
Méthode
Étude observationnelle monocentrique incluant 50 couples pris en charge en FIV ou ICSI entre janvier 2024 et mars 2025. Après contrôle qualité, 233 échantillons ont été recueillis prospectivement et analysés : 36 spermes natifs, 48 spermes préparés, 49 prélèvements vaginaux, 49 liquides folliculaires, 47 milieux de culture (J6) et 4 contrôles négatifs. La biomasse bactérienne a été quantifiée par qPCR ciblant le gène 16S et la composition microbienne explorée par séquençage 16S. Les associations avec les taux de fécondation, de blastulation et de naissance vivante cumulée ont été évaluées par modèles linéaires généralisés et régression logistique, ajustés sur l’âge maternel et la technique de fécondation.
Résultats
L’âge médian des femmes était de 35,5 ans [33,2–38,9], avec une AMH médiane de 2,3 ng/mL [1,0–4,7], et celui des hommes de 36,5 ans [33,7–40,6]. Les principales indications étaient l’infertilité idiopathique (32 %), les anomalies spermatiques (30 %), l’altération de la réserve ovarienne (18 %) et la dysovulation (14 %). Le taux moyen de fécondation était de 80 ± 20 %, avec 5,4 ± 5,5 blastocystes par cycle, et le taux cumulé de naissance vivante de 46 %. Aucune association n’a été observée entre la biomasse bactérienne et le taux de fécondation (p > 0,6), quel que soit le compartiment étudié. De même, aucune association n’a été retrouvée entre la blastulation et la biomasse bactérienne des compartiments vaginal, spermatique ou folliculaire. L’analyse du microbiote n’a identifié aucun taxon bactérien spécifiquement associé aux résultats embryologiques ou cliniques après ajustement. En revanche, une biomasse bactérienne plus élevée dans le milieu de culture embryonnaire était associée à une diminution significative du taux de blastulation (B = −1,90 ; p = 0,026), avec un effet plus marqué en FIV classique (B = −1,95 ; p = 0,027). De façon concordante, en FIV classique, elle était également associée à une réduction de la probabilité de naissance vivante (B = −3,49 ; p = 0,036), indépendamment de l’âge maternel.
Conclusion des auteurs
Cette étude pilote monocentrique montre qu’une biomasse bactérienne plus élevée dans le milieu de culture embryonnaire est associée à une diminution du taux de blastulation, principalement en FIV conventionnelle. Une association avec une moindre probabilité de naissance vivante est également observée. Aucun signal taxonomique robuste n’a été identifié, suggérant plutôt un effet lié à la charge bactérienne globale. Ces résultats nécessitent une confirmation dans une cohorte de plus grande taille.