Patientes françaises parties à l'étranger : ce qu’elles cherchaient en Grèce, en Espagne et en Belgique
Ce qu'il faut retenir
En Belgique, 89 % des patientes françaises venaient pour un don de sperme, et 94 % d'entre elles n'avaient pas accès à l'AMP en France : femmes seules ou couples de femmes. En Grèce et en Espagne, elles venaient pour un don d'ovocytes, et 99 % étaient des couples hétérosexuels qui y avaient pourtant droit en France — mais devaient attendre des années.
En clair. Deux populations différentes partent pour deux raisons différentes : celles que la loi française excluait vont en Belgique, celles qui attendent un don d'ovocytes vont en Espagne ou en Grèce.
Contexte
C'est l'étude française de référence sur le sujet, menée par l'Institut national d'études démographiques avant la réforme de 2021. À l'époque, l'AMP était réservée aux couples hétérosexuels en âge de procréer, ce qui excluait les femmes seules et les couples de femmes. Le don d'ovocytes, lui, était ouvert mais inaccessible en pratique faute de donneuses.
Ce qui a été fait
Enquête par questionnaire menée directement dans trois centres étrangers accueillant des patientes françaises : un centre belge, un centre grec et un centre espagnol. Les données recueillies portaient sur les caractéristiques socio-économiques et sur le parcours de recherche de traitement, en France puis à l'étranger.
Résultats
Les profils diffèrent radicalement selon la destination. En Belgique, 89 % des patientes françaises recouraient au don de sperme et 94 % d'entre elles étaient légalement exclues de l'AMP en France ; le critère de choix du centre était d'abord la proximité géographique, pour 71 % d'entre elles. En Grèce, 100 % des patientes venaient pour un don d'ovocytes, et 74 % en Espagne. Ces femmes-là remplissaient les critères français : 99 % étaient en couple hétérosexuel et 65 % avaient moins de 43 ans, donc droit à une prise en charge intégrale. Leur départ tenait uniquement à l'impossibilité d'accéder au don en France. Enfin, la moitié des patientes parties en Espagne exerçaient une profession intermédiaire ou d'exécution — institutrices, infirmières, employées, ouvrières.
Limites
Enquête menée dans trois centres seulement, auprès des patientes qui acceptent de répondre : elle décrit qui part, pas combien partent. Les données datent d'avant la loi de 2021, qui a ouvert l'AMP aux femmes seules et aux couples de femmes.
Portée pratique
La réforme de 2021 a supprimé la première cause de départ, celle de l'exclusion légale. Elle n'a rien changé à la seconde, la pénurie de donneuses d'ovocytes — elle l'a même aggravée en élargissant la demande. Le dernier résultat mérite d'être retenu contre une idée reçue : partir à l'étranger n'est pas réservé aux couches aisées.
Rozée Gomez V et al. — titre original : Cross-border reproductive care among French patients : experiences in Greece, Spain and Belgium
Accéder à l'étude
Référence PubMed : PMID 23943796. Licence CC BY-NC.
Analyse revue et mise à jour le 1 octobre 2026 par la rédaction des JTA. Comment ces pages sont faites.