Accueil › Dossiers › ESHRE 2026
Dix ans de registre multicentrique sur le transfert d'embryons aneuploïdes
ZOUVES C., ROMAN I., STOCK-MYER S., YAKOVLEV P., KORNILOV N. — S. Madjunkova, C. Librach
Ce qu'il faut retenir
Sur dix ans et 254 transferts, aucun embryon porteur d'une anomalie touchant un chromosome entier n'a donné de naissance. En revanche, quand l'anomalie ne concerne qu'un fragment de chromosome, environ un embryon sur cinq aboutit à la naissance d'un enfant génétiquement normal.
En clair. Un embryon dont un chromosome entier est en trop ou en moins ne donne jamais d'enfant. Si seule une portion de chromosome est anormale, la situation est tout autre : un sur cinq aboutit à une naissance normale.
Contexte
Le dépistage des aneuploïdies par séquençage classe les embryons en euploïdes, mosaïques ou aneuploïdes. Le devenir des embryons étiquetés aneuploïdes de façon uniforme est mal connu, faute de transferts : ils sont écartés. Les rares transferts réalisés, souvent après épuisement des autres embryons, constituent la seule source de données.
Ce qui a été fait
Registre international IRMET alimenté par 46 centres de FIV, données de 2016 à 2026. 254 embryons diagnostiqués aneuploïdes uniformes ont été transférés à 213 patientes d'un âge moyen de 41,3 ans : 169 avec une aneuploïdie chromosomique complète et 85 avec une anomalie segmentaire. Critères : implantation, fausse couche, naissance vivante.
Résultats
Lorsque l'anomalie touche un chromosome entier, le résultat est sans appel : 78,1 % des transferts ne donnent aucune grossesse, 8,3 % aboutissent à une grossesse biochimique qui s'arrête aussitôt, 13,6 % à une fausse couche, et aucun n'a conduit à une naissance, quel que soit le chromosome concerné. Huit de ces embryons portaient une trisomie théoriquement compatible avec la vie, dont cinq trisomies 21 : deux ont abouti à une fausse couche précoce et une à une interruption de grossesse. Le tableau est différent lorsque seul un fragment de chromosome est anormal : environ 20 % de ces transferts ont donné naissance à un enfant, et les analyses réalisées après la naissance ont montré que ces enfants avaient un caryotype normal.
Limites
Il s'agit d'un registre rétrospectif portant sur une population très particulière : des femmes d'âge avancé, dont les embryons n'ont été transférés que parce qu'il ne restait rien d'autre. Les résultats ne peuvent donc pas être transposés tels quels à une patiente jeune. Par ailleurs, la technique employée pour déterminer si l'anomalie vient du père ou de la mère devient peu fiable lorsque le fragment de chromosome concerné est très petit.
Portée pratique
Deux conséquences opposées. Pour les aneuploïdies complètes, les données confortent l'abstention et fournissent enfin un chiffre à donner aux patientes. Pour les anomalies segmentaires, elles invitent à la prudence avant d'éliminer un embryon sur une seule biopsie du trophectoderme, car un résultat sur cinq aboutit à une naissance normale.