Les XXIIe JTA
> Présentation
> Programme
> Comité scientifique
> Intervenants
> Contacter les JTA

En pratique
> S'inscrire
> Renseignements
> Hébergement
> Programme social
> Post-congrès

Les archives
> Andrologie
> Biologie
> Gynécologie
> Infertilité
> Médecine foetale
> Néonatologie
> Nutrition
> Obstétrique
> Pédiatrie
> Périnatalité
> Périnéologie
> Phlébologie
> Psychosomatique

Rechercher

Titre: Pysiologie du corps jaune : Acquisitions récentes
Année: 2001
Auteurs: - Dewailly D.
Spécialité: Gynécologie
Theme: Pysiologie du corps jaune

Physiologie du corps jaune : acquisitions récentes

D. Dewailly

Service d’Endocrinologie et de Diabétologie, Clinique Marc Linquette,
Centre Hospitalier Régional et Universitaire de Lille

Le corps jaune est une structure éphémère dont le rôle est néanmoins capital pour la reproduction et la survie des espèces mammifères. Outre son intervention capitale pour le maintien de la grossesse débutante, l’existence et la disparition du corps jaune sont des éléments indispensables au maintien et à la régularité du cycle menstruel. Si de réels progrès ont été accomplis ces dernières années dans notre connaissance de la physiologie du corps jaune, beaucoup d’interrogations subsistent, en particulier chez les primates et la femme, dont le corps jaune semble se comporter de façon différente des espèces mammifères inférieures.

On peut distinguer trois étapes chronologiques :

  • Le processus de lutéinisation.
  • Le fonctionnement du corps jaune mature.
  • Le phénomène de lutéolyse.

I LE PROCESSUS DE LUTEINISATION

a) Aspect morphologique :

Après l’ovulation, le follicule subit d’importants remaniements tissulaires, marqués par la disparition de la membrane basale et l’invasion centripète de la granulosa par des axes conjonctivo-vasculaires, amenant à se mélanger les cellules thécales et les cellules de la granulosa. Ces cellules deviennent alors des cellules lutéales dont on distingue deux types : les cellules paralutéales, situées en périphérie et au contact des invaginations thécales, et les cellules lutéales occupant le centre du corps jaune. D’après des études immuno-histochimiques, il semblerait que les cellules paralutéales résultent de la lutéinisation des cellules thécales, tandis que les cellules lutéales seraient des cellules de la granulosa lutéinisée. Enfin, le corps jaune renferme d’autres types de cellules non lutéales dont le rôle physiologique est encore très imprécis : cellules endothéliales vasculaires, très nombreuses compte tenu de la très grande richesse du corps jaune en capillaires et microvaisseaux, cellules du système immunitaire, fibroblastes.

b) Mécanismes de la lutéinisation :

Le pic ovulatoire de LH joue un rôle fondamental. Plus que son amplitude, il semble que ce soit sa durée qui conditionne le processus de lutéinisation. Chez les primates et chez la femme, cette dernière doit être d’au moins 36 heures pour que le corps jaune puisse acquérir toutes ses fonctions.

Au niveau cellulaire, l’exposition à de très fortes concentrations de LH va modifier le phénotype des cellules thécales et des cellules de la granulosa. Certaines activités enzymatiques vont être fortement amplifiées, en particulier l’activité P 450 SCC et l’activité 3 bêta hydroxystéroïde déshydrogénase. Le corps jaune des primates et de la femme se distingue des espèces mammifères inférieures par le maintien et l’amplification des activités 17  hydroxylase et aromatase.

Tout récemment, une modification phénotypique majeure fut mise en évidence. Il s’agit de la perte d’expression de CREB (cAMP-response element-binding protein) qui est un facteur de transcription jouant un rôle majeur dans l’homéostasie et la prolifération cellulaire. C’est vraisemblablement la perte de ce facteur qui explique la disparition inéluctable à terme des cellules du corps jaune.

II LE FONCTIONNEMENT DU CORPS JAUNE MATURE

a) Activité sécrétoire :

Outre la progestérone, le corps jaune sécrète d’autres stéroïdes, en particulier l’estradiol et des androgènes, mais aussi toute une variété de peptides dont le rôle physiologique n’est pas encore bien connu pour un certain nombre d’entre eux : inhibines, relaxine, VEGF, ocytocine, etc... En outre, les cellules non lutéales (cf supra) sécrètent localement des prostaglandines, des cytokines, des facteurs de croissance et des agents vaso-actifs tels que l’endothéline.

b) Régulation de l’activité sécrétoire :

La sécrétion de progestérone par le corps jaune mature reste sous la dépendance de la LH. Il existe en effet un parallélisme strict entre les pics sécrétoires de LH et de progestérone au cours de la phase lutéale. En fin de phase lutéale, la fréquence des pics de LH diminue, tandis qu’augmentent fortement l’amplitude et la durée des pics. Les taux plasmatiques de progesterone suivent fidèlement ces pics.

Outre cette régulation endocrine, la sécrétion de progestérone est sous la dépendance de facteurs para et autocrines, à commencer par la progestérone elle-même qui agit via ses propres récepteurs, dont l’expression est intense dans les cellules lutéales. Un rôle local de l’estradiol et des androgènes est envisagé, mais encore mal compris. Interviennent également certains neuropeptides, certaines formes d’inhibines, des cytokines émises par les cellules immunitaires, des facteurs de croissance émis par les fibroblastes et l’endothélium vasculaire. Enfin, l’IGF2 et l’IGFBP-1 semblent également intervenir dans la régulation de l’activité sécrétoire du corps jaune.

L’activité endocrine du corps jaune ne se résume pas à son action sur l’endomètre, afin de favoriser la nidation. L’action endocrine de certains peptides vaso-actifs tels que le VEGF est vraisemblablement importante pour assurer des conditions de perfusion utérine propices à la nidation. Enfin, par sa sécrétion d’estradiol et d’inhibine A, le corps jaune exerce un effet feed-back négatif très puissant sur la sécrétion hypophysaire de FSH.

III LA LUTEOLYSE

a) Aspect morphologique :

Le phénomène le plus marquant est la raréfaction progressive des cellules paralutéales tandis que les cellules lutéales persistent plus longtemps. Les cellules immunitaires deviennent plus nombreuses.

b) Le signal de la lutéolyse :

Les modifications sécrétoires de la LH (cf supra) ne semblent pas être à l’origine du phénomène de lutéolyse. D’après des travaux récents, il semblerait que les cellules lutéales se désensibilisent progressivement à la LH. Dès lors, en l’absence de quantité suffisante de LH ou d’HCG, ces cellules vont entrer inéluctablement en apoptose et disparaître. Elles peuvent être « rescapées » par des concentrations croissantes d’HCG en cas de grossesse débutante. Le maintien en activité du corps jaune gravidique ne serait en fait qu’une mort différée, les cellules lutéales étant de toutes façons vouées à l’apoptose en l’absence d’expression de CREB.

Il est possible que certains facteurs locaux interviennent dans le processus de lutéolyse mais il est pour l’instant impossible de leur attribuer un rôle primitif ou secondaire : l’estradiol, les prostaglandines, les cytokines, le stress oxydatif sont tous impliqués dans le processus de lutéolyse et d’apoptose touchant les cellules lutéales.

EN CONCLUSION, une meilleure connaissance de la physiologie du corps jaune permettra de mieux comprendre les conséquences de l’insuffisance lutéale sur le potentiel reproductif de la femme. Cela concerne les difficiles problèmes de l’insuffisance lutéale et des avortements spontanés à répétition. Cela concerne aussi certains troubles de l’ovulation car, outre son rôle capital pour le maintien de la grossesse débutante, le corps jaune peut être considéré comme le métronome de ce bien curieux phénomène qu’est l’ovulation cyclique...