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Quand l'entretien psychologique en AMP est perçu comme une évaluation : dynamique relationnelle après la loi de 2021
PERIE Marie-Ange hfme rez — de jardin 59 boulevard pinel 69500 bron Service de médecine de la reproduction et préservation de la fertilité / CECOS, Hôpital Femme-Mère - Hospices Civils Institut de psychologie, Université…
Ce qu'il faut retenir
Le modèle aide à repérer le basculement de l'accompagnement vers une lecture évaluative de l'entretien. Plus qu'un mécanisme individuel, le piège projectif- attributionnel décrit une dynamique relationnelle susceptible d'altérer l'alliance thérapeutique.
Objectif
L'entretien psychologique occupe en AMP une place particulière, entre accompagnement et perception d'une évaluation. Depuis l'ouverture de l'AMP aux couples de femmes et aux femmes non mariées, certaines patientes abordent cet entretien en anticipant un refus, fragilisant d'emblée l'alliance thérapeutique. Sans rabattre ce phénomène sur une difficulté propre aux patientes, ce travail vise à modéliser ce basculement et à proposer une grille de repérage pour les équipes.
Méthode
Élaboration théorico-clinique articulant deux grammaires : psychodynamique (identification projective ; Ogden, 1979) et cognition sociale (biais d'attribution hostile dépendant du contexte ; Zajenkowska et al., 2020). Elle s'appuie sur des vignettes cliniques composites issues de l'observation d'une psychologue dans un service de médecine de la reproduction et CECOS (HFME, HCL), à partir d'entretiens et de réunions pluridisciplinaires, avant et après la réforme de 2021, auprès de couples de femmes, femmes non mariées et couples hétérosexuels. Cadre éthique : vignettes anonymisées ; travail non interventionnel, hors champ des recherches impliquant la personne humaine.
Résultats
Quatre constats se dégagent. (1) Un mouvement paradoxal : la patiente redoute un refus tout en sollicitant qu'un cadre lui soit posé ; les éléments du parcours (délais, questions, silences) sont lus comme la confirmation d'une intention de sélection. (2) Le clinicien est pris entre deux impasses : justifier l'entretien confirme la lecture évaluative ; cesser de questionner valide la demande que rien ne soit interrogé. (3) Les résonances diffèrent selon les trajectoires : chez les couples de femmes, l'anticipation du jugement paraît faire écho à une histoire de discrimination ; chez les femmes non mariées, elle peut rejouer une expérience répétée de refus. (4) La place du donneur, souvent banalisée, reste peu élaborée, comme si l'entretien devait éviter ce qui touche à l'origine (Zadeh et al., 2016). Modélisation : le piège projectif-attributionnel désigne une dynamique relationnelle où chacun anticipe l'hostilité qu'il redoute et contribue à la confirmer. Les ambiguïtés du parcours sont interprétées comme un rejet intentionnel ; les anxiétés suscitées, chez les patientes comme chez les professionnels, par les enjeux de filiation et de légitimité du projet parental peuvent renforcer cette lecture. Les divergences de positionnement des équipes entretiennent cette dynamique, faisant peser sur le seul entretien psychologique le poids d'une décision engageant le parcours. Toute clarification risque alors d'être relue comme une preuve d'hostilité. À l'inverse, lorsqu'un espace d'éc
Conclusion des auteurs
Le modèle aide à repérer le basculement de l'accompagnement vers une lecture évaluative de l'entretien. Plus qu'un mécanisme individuel, le piège projectif- attributionnel décrit une dynamique relationnelle susceptible d'altérer l'alliance thérapeutique. À ce stade, il demeure heuristique ; une recherche en cours sur le vécu des professionnels permettra d'en éprouver le versant institutionnel et les conditions de transférabilité aux équipes.