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Profils discordants âge–AMH : quel pronostic en procréation médicalement assistée ?
Ghodhbane Elhem — Service de biologie de la reproduction Farhat Hached Sousse Tunisie Service de biologie de la reproduction Farhat Hached Sousse Tunisie
Ce qu'il faut retenir
Dans cette cohorte tunisienne, une faible AMH chez une femme jeune semblait moins délétère pour le potentiel embryonnaire qu’un âge maternel avancé malgré une réserve ovarienne conservée. L’évaluation conjointe de ces paramètres apparaît essentielle pour une information pronostique individualisée des patientes candidates à une ICSI.
Objectif
L'hormone antimüllérienne (AMH) et l'âge maternel représentent deux déterminants majeurs du potentiel reproductif. Leur discordance constitue une source d'incertitude pronostique en assistance médicale à la procréation. Cette étude visait à évaluer leurs contributions respectives et indépendantes sur la réponse ovarienne et le potentiel de développement blastocytaire en ICSI.
Méthode
Nous avons mené une étude observationnelle rétrospective in- cluant 133 patientes ayant bénéficié d’un cycle d’ICSI entre janvier 2024 et avril 2025. Les patientes ont été réparties en 4 groupes inspirés de POSEIDON : G1, (n = 44) : < 35 ans, AMH ? 1,2 ng/ml, G2, (n = 11) : < 35 ans, AMH < 1,2 ng/ml, G3, (n = 51) : ? 35 ans, AMH ? 1,2 ng/ml et G4, (n = 27) : ? 35 ans, AMH < 1,2 ng/ml. L’analyse principale portait sur la comparaison entre le groupe G2 et le groupe G3. Les groupes G1 et G4 servaient de groupes de référence extrêmes. Les paramètres analysés comprenaient le nombre de follicules ≥ 18 mm au déclenchement, le nombre d’ovocytes recueillis, les taux de maturation ovocytaire, de fécondation, de clivage et de blastulation.
Résultats
Les caractéristiques initiales étaient comparables entre les quatre groupes. L’âge des patientes variait de 21 à 44 ans. Les taux d’AMH confirmaient une distinction nette. Les caractéristiques initiales étaient comparables entre les quatre groupes en ng/ml :3,1 ± 1,6 (G1), 0,7 ± 0,3 (G2), 2,8 ± 1,4 (G3) et 0,6 ± 0,3 (G4) (p < 0,001). Le recueil ovocytaire était significativement associé à l'AMH (G1 : 9,9 ± 3,1 ; G2 : 6,1 ± 2,6 ; G3 : 8,5 ± 3,0 ; G4 : 4,7 ± 2,0 ; p < 0,001), sans effet indépendant de l'âge (p = 0,21). Le taux de maturation diminuait progressivement avec l'âge et la réserve (82,4 % ? 79,6 % ? 76,9 % ? 70,3 % ; p = 0,019), suggérant indirectement une altération de la compétence ovocytaire associée au vieillissement. Les taux de fécondation étaient comparables entre les groupes (68,7–74,8 % ; p = 0,28). Les taux de blastulation différaient significativement (G1 : 41,3 ± 9,2 % ; G2 : 38,5 ± 10,7 % ; G3 : 32,1 ± 9,6 % ; G4 : 25,4 ± 8,3 % ; p < 0,001) mais sans différence significative entre profils discordants G2 et G3 (p = 0,18). Une tendance à un meilleur taux de blastocystes de bonne qualité était observée en G2 vs G3 (23,8 % vs 14,7 % ; p = 0,078). En analyse multivariée, l'âge ? 35 ans était le seul facteur indépendamment associé à une réduction de la qualité blastocytaire (OR = 0,58 ; IC95% : 0,36–0,94 ; p = 0,028), tandis que l'AMH < 1,2 ng/ml ne l'était pas (OR = 0,89 ; IC95% : 0,56–1,41 ; p = 0,62). Les taux de grossesse clinique suivaient le même gradient
Conclusion des auteurs
Dans cette cohorte tunisienne, une faible AMH chez une femme jeune semblait moins délétère pour le potentiel embryonnaire qu’un âge maternel avancé malgré une réserve ovarienne conservée. L’évaluation conjointe de ces paramètres apparaît essentielle pour une information pronostique individualisée des patientes candidates à une ICSI.