Accueil › Dossiers › FFER 2026
Exposition aux perturbateurs endocriniens évaluée par biomarqueurs et qualité spermatique : revue systématique multi- matrices de quatre familles de toxiques organiques
JACOB Martin — 2 rue de la milétrie, CHU Poitiers, 86000 Poitiers, FRANCE CHU Poitiers
Ce qu'il faut retenir
Les quatre familles de PE sont associées à au moins une altération spermatique, mais de façon inconstante. Le signal le plus concordant est une baisse modérée de la mobilité liée aux PFAS séminaux.
Objectif
La baisse des paramètres spermatiques observée depuis plusieurs décennies est attribuée en partie aux perturbateurs endocriniens (PE). Les associations rapportées reposent sur des biomarqueurs mesurés dans des matrices de validité inégale, dont la pertinence dépend de la demi-vie du toxique. Pour quatre familles, PFAS, organohalogénés persistants, phénols et phtalates, nous examinons dans quelle mesure leur association avec les paramètres spermatiques varie selon la matrice de dosage.
Méthode
Cette revue systématique a été menée selon la méthode PRISMA 2020 (PROSPERO CRD 420261366121). PubMed/MEDLINE et Embase ont été interrogées jusqu'en janvier 2026, identifiant 910 références. Après retrait des doublons, 496 ont été examinées (titres/résumés) puis 207 évaluées permettant l’exclusion de 141 articles (critères hors PICO). Parmi les 66 études incluses, 30 sont à risque de biais faible ou modéré (ROBINS-E) et ont été retenues. Étaient éligibles, les hommes adultes (≥18 ans) ayant au moins un biomarqueur d’exposition (urine, sang, plasma séminal), pour l’une des quatre familles de PE considérées, associé à un paramètre spermatique et à l'intégrité de l'ADN spermatique ou à un paramètre hormonal si disponible.
Résultats
Toxiques persistants, PFAS (n=9 ; 1 séminale, 5 sériques et 3 mixtes séminal/sérum). Dans le liquide séminal, PFOA, PFOS et PFHxS sont tous associés à une baisse de la mobilité (4/4 études) et à une augmentation de la fragmentation de l'ADN spermatique (1/1). Deux de ces études rapportent en parallèle une concentration spermatique augmentée (2/4). Dans le sang, les directions divergent selon le composé : mobilité réduite pour le 6:2 Cl-PFESA (1/5), mais accrue pour le PFOA (1/5). L’association n’est cohérente que sur la matrice séminale, le sérum restant ininterprétable. Organohalogénés (n=9 ; 8 sériques, 1 mixte séminal/sérum). Les PCB sériques sont les plus étudiés, mais leur signal reste inconstant : la mobilité n'est significativement réduite que dans 2 des 5 études l'ayant évaluée et la morphologie altérée dans 2 des 4, tandis que la concentration spermatique n'est associée à aucun PCB (0/4). Toxiques non persistants, Phénols environnementaux (n=10 ; 9 urinaires, 1 séminale). L’association la plus concordante est la baisse de mobilité liée au BPA urinaire (3/8). Une concentration et une vitalité réduites sont rapportées chacune par 2 études (2/8 et 2/3). L'effet sur la testostérone est indéterminé (2 études avec des
Conclusion des auteurs
Les quatre familles de PE sont associées à au moins une altération spermatique, mais de façon inconstante. Le signal le plus concordant est une baisse modérée de la mobilité liée aux PFAS séminaux. Au-delà des familles, le résultat le plus robuste concerne la matrice : le profil d'association varie selon le compartiment de dosage, le liquide séminal étant le plus informatif. Effectifs faibles et risque de biais au mieux modéré appellent des cohortes prospectives privilégiant la matrice séminale