Accueil › Dossiers › FFER 2026
Préservation de la fertilité et cancer du sein : exploration transcriptomique des mécanismes impliques dans la faible réponse à la stimulation ovarienne
Dupont Léa — 28 Place Henri Dunant 63001 Clermont-Ferrand Cedex 1 Imagerie Moléculaire et Stratégies Théranostiques, Inserm, UMR 1240, Université Clermont Auvergne, 63001 Clermont-Ferrand, France
Ce qu'il faut retenir
Cette étude originale a révélé des modifications transcriptomiques dans les cellules du cumulus des patientes atteintes d’un cancer du sein comparé aux donneuses d’ovocytes. Ces modifications sont associées à une mauvaise réponse à la stimulation hormonale ovarienne.
Objectif
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes en âge de procréer. La vitrification ovocytaire peut être proposée aux patientes en amont du traitement oncologique afin de préserver leur fertilité. Cependant, ces patientes peuvent présenter une réponse ovarienne à la stimulation plus faible que les femmes saines, ce qui suggère que le cancer du sein altère la fonction ovarienne. Cet impact reste toutefois encore mal caractérisé et les mécanismes sous-jacents sont peu compris.
Méthode
Cette étude prospective et multicentrique inclut 42 patientes atteintes d’un cancer du sein (17 triples négatifs (TN), 8 récepteurs hormonaux positifs (HR+), 17 surexprimant HER2 (HER2+)) avant tout traitement anticancéreux et 64 donneuses d’ovocytes (DO), prises en charge pour préservation de la fertilité ou don d’ovocytes de 2019 à 2026 (âge < 38 ans) aux CHU de Clermont-Ferrand, Bordeaux et Paris Tenon. Après décoronisation, les ARN des cellules du cumulus entourant les ovocytes ont été séquencés (AVITI™). Une analyse en composantes principales (ACP), d’expression différentielle et d’enrichissement en ensembles de gènes (GSEA) a été réalisée afin d’identifier les voies biologiques potentiellement dérégulées par la présence du cancer.
Résultats
Aucune différence significative n’est observée entre les patientes atteintes de cancer du sein (groupe cancer) et les DO (groupe contrôle) concernant l’âge et l’IMC. Parmi les paramètres clinico-biologiques, les patientes atteintes d’un cancer du sein TN présentent des concentrations sériques d’AMH plus faibles que les DO (2,5 ± 1,35 vs. 3,86 ± 2,26 ; p = 0,017), suggérant une diminution de la réserve ovarienne. En parallèle, la dose totale de FSH administrée est plus élevée chez les patientes TN (2631 ± 880 vs. 2068 ± 721 UI ; p = 0,007). Le nombre d’ovocytes recueillis est significativement réduit dans le groupe cancer, tous sous-types confondus, par rapport aux DO (10,10 ± 6,27 vs. 13,41 ± 6,41 ; p < 0,001). Le taux d’ovocytes matures est également diminué dans le groupe cancer (68,50 ± 27,34 vs. 79,92 ± 14,67 ; p = 0,001), ainsi que dans les sous-groupes TN (72,52 ± 30,24 vs. 79,92 ± 14,67 ; p = 0,045) et HER2+ (61,62 ± 25,45 vs. 79,92 ± 14,67 ; p = 0,001). Le transcriptome des cellules du cumulus a été séquencé chez 20 DO et 20 patientes atteintes d’un cancer du sein. Les analyses en composante principale et des gènes différentiellement exprimés n’ont révélé aucune différence significative entre les groupes. Néanmoins, l’analyse GSEA a révélé une signature commune à l’ensemble des patientes atteintes d’un cancer du sein, caractérisée par un enrichissement des voies liées à l’inflammation (p < 0,05), et de la phosphorylation oxydative (p < 0,0001), ainsi qu’une diminution
Conclusion des auteurs
Cette étude originale a révélé des modifications transcriptomiques dans les cellules du cumulus des patientes atteintes d’un cancer du sein comparé aux donneuses d’ovocytes. Ces modifications sont associées à une mauvaise réponse à la stimulation hormonale ovarienne. Ces résultats suggèrent ainsi un impact direct du cancer du sein sur le microenvironnement folliculaire et ouvrent la voie à une meilleure compréhension des mécanismes impliqués, afin d’optimiser la prise en charge en oncofertilité.