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Cryopreservation du cortex ovarien : analyse rétrospective de 355 patientes sur 25 ans dans deux centres parisiens de reference
COEZ Laure — 2 rue Ambroise-Paré, 75010 Paris, France Service de Gynécologie-Obstétrique, Hôpital Lariboisière
Ce qu'il faut retenir
Cette étude, l’une des plus longues publiées à ce jour, confirme le caractère sécuritaire de la CTO endoscopique. Elle met en lumière l’importance de la stratification par indication pour évaluer le bénéfice réel du geste, en particulier dans les populations à pronostic oncologique sévère où le taux de retransplantation demeure faible.
Objectif
La cryopréservation du tissu ovarien (CTO) est aujourd’hui reconnue comme une technique établie de préservation de la fertilité, en particulier dans un contexte oncologique. L’évaluation du rapport bénéfice-risque de ce geste chirurgical endoscopique, notamment dans ces populations fragilisées, reste un enjeu clinique majeur, tout comme la réintroduction des fragments ovariens (retransplantation) dans un second temps.
Méthode
Étude de cohorte rétrospective menée dans deux CHU parisiens (Pitié-Salpêtrière et Lariboisière, AP-HP) entre mars 2000 et octobre 2025, incluant 355 patientes. La CTO endoscopique repose sur une ovariectomie à la pince ENDOGIA avec extraction de l'ovaire ; au laboratoire, une biopsie est réalisée à visée histologique et le reste découpé en fragments puis congelés dans l'azote liquide. La retransplantation endoscopique consiste à ouvrir aux ciseaux la fossette ovarienne et le péritoine, et y replacer des fragments décongelés. Le critère principal était le taux de complications per- et postopératoires ; les critères secondaires, la mortalité globale et stratifiée par indication, les données histopathologiques et le taux de retransplantation.
Résultats
L’âge moyen au moment de la chirurgie était de 25,5 ans. Les indications étaient dominées par les hémopathies malignes (256/355 ; 72,1 %), suivies des tumeurs solides (53/355 ; 14,9 %) et des indications non oncologiques (38/355 ; 10,7 %). Le taux de complications global était de 2,5 % (9/355), dont 2 complications peropératoires et 7 complications postopératoires. Une reprise chirurgicale a été nécessaire pour 3 d’entre eux, exclusivement pour hémopéritoine. La mortalité globale sur la période d’étude était de 22,8 % (81/355), avec un intervalle moyen entre CTO et décès de 42 mois. Elle variait de 2,6 % (1/38) dans le groupe non oncologique, à 24,6% dans le groupe onco-hématologie (63/256) et 26,4 % (14/53) dans le groupe tumeurs solides. Des cellules cancéreuses ont été détectées dans 1,4 % des greffons analysés (2/140). Le taux global de retransplantation était de 11,0 % (39/353). Au sein du groupe onco- hématologie, les patientes atteintes de leucémie présentaient un taux de retransplantation significativement inférieur à celui des patientes atteintes de lymphome de Hodgkin (3,2 % (3/94) vs 20,0 % (21/105) ; p = 0,0003).
Conclusion des auteurs
Cette étude, l’une des plus longues publiées à ce jour, confirme le caractère sécuritaire de la CTO endoscopique. Elle met en lumière l’importance de la stratification par indication pour évaluer le bénéfice réel du geste, en particulier dans les populations à pronostic oncologique sévère où le taux de retransplantation demeure faible. La détection de cellules malignes dans le tissu cryopréservé souligne la nécessité d’un contrôle histopathologique systématique au moment de la CTO.