Choix en matière de reproduction et résultats après congélation ovocytaire d’indication médicale : étude de suivi.
Lecture critique d'article
Cette étude montre après un suivi moyen de 25.3 mois qu’aucun des ovocytes cryopréservés n’a été utilisé. La moitié des femmes souhaitant concevoir ont obtenu la grossesse naturellement ou après AMP utilisant leurs ovocytes « frais ».Il s’agit de la première étude prenant en compte tous les résultats en termes de reproduction, y compris ceux impliquant le choix de ne pas utiliser les ovocytes cryopréservés
Introduction
Les femmes à risque d’insuffisance ovarienne prématurée (IOP) en raison d’un traitement gonadotoxique, d’une chirurgie ovarienne ou d’une prédisposition génétique relèvent d’une indication médicale à la préservation de la fertilité.
La cryopréservation ovocytaire (CO) tend à supplanter la congélation embryonnaire : autonomie de la femme, résultats comparables, données rassurantes sur la santé des enfants nés par cette technique sortie désormais de sa connotation expérimentale.
Cependant de nombreuses femmes concernées gardent une fonction ovarienne active et des chances de grossesse spontanée après CO. La « valeur ajoutée » de la CO en termes de reproduction est inconnue, tout comme le suivi des femmes et leur intention d’utilisation de leurs ovocytes cryopréservés.
Le Centre for Reproductive Medicine d’Amsterdam fait le point sur les choix en matière de reproduction et les résultats observés dans leur équipe après congélation ovocytaire d’indication médicale
Méthodes
Population étudiée
Elle est constituée d’une cohorte de 85 femmes ayant bénéficié d’une CO entre Janvier 2009 et Decembre 2012 au Centre for Reproductive Medicine d’Amsterdam
Recueil des données
Un questionnaire papier a été établi et après un période test, 5 thèmes ont été retenus : diagnostic de l’affection, traitements gonadotoxiques reçus, variations du cycle menstruel, utilisation d’une contraception, tentative de concevoir et projet d’utilisation des ovocytes cryopréservés. Chaque question est à choix multiple avec possibilité d’ajout de commentaires.
Le questionnaire est adressé par mail accompagné d’une possibilité de se déclarer non intéressée par la participation à l’étude. En cas de non-réponse, 3 semaines plus tard, un questionnaire est adressé à nouveau par mail et un contact téléphonique est établi ensuite au bout de 3 semaines.
Résultats
Réponses
Sur le total de 85 questionnaires, 68 femmes ont adressé une réponse.
L’âge moyen au moment du prélèvement ovocytaire est de 30.2 ans (18-40 ans) et seulement 2 femmes (3%) avaient un enfant au moment de la CO. La plupart des femmes (75%) possédaient un niveau d’éducation élevé. La durée moyenne du suivi est de 25.3 mois (9-50 mois)
Indications de la cryopréservation ovocytaire
La CO pour cancer du sein est majoritaire : 34 femmes (50%). Les autres cas concernent des greffes de moelle, des maladies auto-immunes et 1 cas d’ovariectomie préventive en raison d’une mutation du gène BRCAI. Parmi les 34 femmes traitées pour cancer du sein, 23 bénéficient d’un traitement hormonal au moment du suivi (tamoxifene et/ou GNRH analogues) contre-indiquant la grossesse.
Reproduction après la cryopréservation ovocytaire
Parmi les 68 femmes, 16 ont essayé de concevoir après CO. 8 essaient de concevoir naturellement au moment du suivi. 8 ont obtenu la grossesse sans utiliser leurs ovocytes congelés. Il s’agit d’une grossesse spontanée dans 5 cas : 1 naissance vivante, 2 avortements spontanés, 2 grossesses évolutives en cours. Les 3 autres grossesses ont été obtenues par FIV (2) et IIU (1). Pour les 52 patientes n’essayant pas de concevoir il existe une contre-indication à la grossesse (22 sous traitement hormonal pour cancer du sein ; 1 cas de maladie auto-immune non contrôlée). 14 femmes n’ont pas de partenaire masculin. Enfin 14 femmes n’essaient pas de concevoir malgré l’absence de contre-indication et la présence d’un partenaire.
Variations du cycle menstruel
Parmi les 28 patientes non soumises à un traitement hormonal, il n’est pas noté de variation du cycle. Seule une femme porteuse d’une mosaïque Turnérienne a vu ses cycles s’allonger après 15 mois de follow-up.
Intention d’utilisation des ovocytes cryopréservés
48.7% des femmes déclarent vouloir utiliser leurs ovocytes cryopréservés en cas de difficultés à concevoir spontanément. 28% disent ne pas avoir de projet spécifique et 1 d’elle déclare vouloir donner ses ovocytes pour la recherche. Interrogées sur leur projet en cas d’ovocytes surnuméraires 35% n’ont pas d’opinion précise, 26% pensent les donner pour la recherche, 13% pour la recherche ou à d’autres femmes, 13% seulement à d’autres femmes, 10% souhaitent les détruire et 3% ne répondent pas.
Discussion
Cette étude montre après un suivi moyen de 25.3 mois qu’aucun des ovocytes cryopréservés n’a été utilisé. La moitié des femmes souhaitant concevoir ont obtenu la grossesse naturellement ou après AMP utilisant leurs ovocytes « frais ».Il s’agit de la première étude prenant en compte tous les résultats en termes de reproduction, y compris ceux impliquant le choix de ne pas utiliser les ovocytes cryopréservés.
Il n’a pas été possible de détecter une atteinte ovarienne chez l’ensemble de la population puisqu’un grand nombre de patientes bénéficient d’un traitement hormonal masquant leur cycle menstruel. De plus aucune évaluation hormonale ou échographique de la réserve ovarienne n’a été réalisée, ce dernier point ayant à l’inverse l’avantage de ne pas influencer le moment du désir à concevoir.
Confirmant les données de la littérature, le cancer du sein représente logiquement par sa fréquence chez la femme en âge de procréer l’indication majoritaire de la CO. Outre la prise en charge initiale, son traitement s’accompagne en cas d’hormono-dépendance de la prise de tamoxifene ou d’inhibiteurs de l’aromatase durant 5 ans. En raison de la possible tératogénicité de ces traitements hormonaux, le désir de grossesse est donc reporté.
La durée du suivi est relativement faible, son effectif limité cependant corrigé par le taux de réponse. Les auteurs insistent cependant sur l’importance d’une évaluation régulière de toute nouvelle technique et projettent une nouvelle étude dans 2 ans qui permettra de mieux évaluer les chances de grossesse spontanées et l’utilisation des ovocytes cryopréservés.
Les auteurs s’interrogent également sur le bien-fondé des 2 tentatives de FIV utilisant des ovocytes frais alors que des ovocytes avaient été préalablement cryopréservés. Non défendable du point de vue pragmatique et économique, cette décision semble s’appuyer sur le déclin de la fertilité avec l’age justifiant de réserver l’utilisation des ovocytes congelés à une utilisation ultérieure. Notons que nous passons dans ce cas de la CO d’indication médicale à la CO presque de convenance
Conclusion
Il existe un besoin de développer des modèles personnalisés de pronostic et des chances d’obtenir une grossesse avec ou sans CO chez les femmes à risque D’IOP. Seul un suivi minutieux et régulier pourra nous y aider.
Points forts
1ère étude de suivi après cryopréservation ovocytaire d’indication médicale
Pertinence du questionnaire et taux de réponse élevé
Sentiment de sérieux et d’honnêteté de l’étude
Points faibles
Durée du suivi (mais déjà une prochaine étude planifiée)
Effectif de la cohorte
Pas de données hormonale ou échographique sur la réserve ovarienne